Ce que l’on appelle un « caprice » est souvent une réaction que l’adulte juge excessive par rapport à la situation : l’enfant pleure pour un verre d’une autre couleur, refuse de partir, réclame un objet ou proteste longuement après un non.
Son comportement peut sembler démesuré, mais il n’est pas sans raison. Selon son âge, l’enfant peut être débordé par sa frustration, incapable de s’adapter à un changement ou tenter plus consciemment de faire céder son parent.
Les âges proposés ci-dessous servent de repères. La maturité émotionnelle et la capacité à accepter la frustration peuvent varier considérablement d’un enfant à l’autre.
2 à 5 ans — Il ne sait pas encore bien supporter la frustration
À cet âge, ce que l’on appelle un caprice est souvent une explosion de frustration. L’enfant voulait quelque chose, s’attendait à ce que cela se passe d’une certaine façon ou n’était pas prêt à changer d’activité. Lorsque la réalité ne correspond pas à son désir, il peut rapidement perdre le contrôle.
Le verre bleu plutôt que le rouge peut sembler insignifiant pour l’adulte. Pour le jeune enfant, ce petit imprévu peut pourtant représenter la déception de trop, surtout s’il est fatigué, affamé, pressé ou déjà chargé d’émotions.
Cela ne signifie pas qu’il doit obtenir ce qu’il réclame. Cela signifie surtout qu’il n’a pas encore la maturité nécessaire pour traverser seul la frustration.
Il ne fait pas nécessairement une crise parce que la chose est importante. La chose devient importante parce qu’il n’arrive plus à s’adapter.
Il peut aussi remarquer que ses pleurs font parfois changer le parent d’idée. Si l’adulte cède régulièrement, l’enfant peut apprendre que l’intensité de sa réaction augmente ses chances d’obtenir ce qu’il veut. La détresse peut donc être réelle, même si le comportement devient aussi une stratégie apprise.
Le parent peut dire :
« Tu voulais vraiment le verre rouge et tu es très déçu. Le rouge n’est pas disponible. Je vais rester avec toi pendant que c’est difficile. »
6 à 8 ans — Il comprend davantage le non, mais ne l’accepte pas toujours facilement
L’enfant d’âge scolaire est généralement plus capable de comprendre une explication et de prévoir ce qui va arriver. Il peut toutefois avoir encore beaucoup de difficulté à accepter qu’un désir ne soit pas satisfait.
Sa réaction peut prendre différentes formes : argumenter, bouder, répéter sa demande, pleurer, accuser le parent d’être injuste ou refuser de collaborer.
Il n’est pas nécessairement complètement débordé comme un tout-petit. Il peut aussi protester volontairement dans l’espoir que le parent change d’idée. Cela ne rend pas son émotion fausse : il peut être sincèrement déçu et essayer en même temps de faire céder l’adulte.
La question utile n’est donc pas seulement :
« Est-ce un caprice? »
mais aussi :
« Est-il débordé par sa déception ou est-il en train d’apprendre que protester longtemps fait changer les décisions? »
Le parent peut dire :
« Tu peux être déçu et me dire que tu n’es pas d’accord. Mais répéter ta demande ne changera pas ma réponse.»
9 à 12 ans — Il peut protester plus consciemment pour obtenir ce qu’il veut
À cet âge, l’enfant est davantage capable de contrôler son comportement, de choisir ses arguments et de comprendre l’effet de ses réactions sur les autres.
Il peut dramatiser, comparer avec ses amis, dire que son parent est injuste ou prolonger sa mauvaise humeur afin d’exercer une pression. On peut alors reconnaître qu’il essaie parfois réellement de faire changer la décision.
Mais ce comportement ne doit pas être confondu avec une preuve de malveillance. Il peut encore avoir de la difficulté à accepter la frustration, à prendre en compte les contraintes du parent ou à renoncer à quelque chose auquel il s’était attaché.
Il est également possible que la demande représente davantage que ce qu’elle semble être. Un vêtement, une activité ou un objet peut être lié au besoin d’appartenir au groupe, de ne pas se sentir différent ou d’avoir plus d’autonomie.
Comprendre cette dimension n’oblige pas le parent à dire oui.
Le parent peut dire :
« Je comprends que ce soit important pour toi. Tu peux essayer de me convaincre une fois, mais tu ne peux pas me punir ou me faire culpabiliser parce que ma réponse reste non. »
Adolescence — Ce n’est plus vraiment un “caprice”, mais parfois une difficulté à accepter la limite
Chez l’adolescent, le mot caprice devient souvent réducteur. Son comportement peut être immature, excessif ou très centré sur son propre désir, mais il est préférable de décrire précisément ce qui se passe :
il tolère mal le refus;
il dramatise;
il insiste jusqu’à épuiser le parent;
il considère son désir comme une urgence;
il exerce une pression;
il refuse momentanément de tenir compte des contraintes des autres.
L’adolescent peut parfaitement savoir qu’il tente de faire céder son parent. Il peut argumenter, négocier, utiliser la culpabilité ou faire « une montagne » de la situation. Mais derrière cette réaction peuvent aussi se trouver la peur d’être exclu, l’importance du regard des autres, le besoin d’autonomie ou une difficulté réelle à accepter la déception.
Le parent peut écouter les arguments sans transformer chaque limite en négociation interminable.
Il peut dire :
« J’ai entendu tes raisons et je comprends pourquoi tu le veux. Ma décision ne te plaît pas, mais elle ne changera pas parce que tu augmentes la pression. »
Alors, un caprice, est-ce que ça existe?
Oui, si le mot désigne une réaction insistante ou disproportionnée pour obtenir quelque chose.
Mais non, si l’on entend par là que l’enfant réagit sans aucune raison, invente nécessairement sa détresse ou cherche simplement à rendre la vie difficile à son parent.
Derrière ce que l’on appelle un caprice, il peut y avoir une frustration trop difficile à supporter, une attente déçue, de la fatigue, un besoin d’autonomie ou une stratégie que l’enfant a appris à utiliser.
Comprendre ce qui se passe ne signifie pas lui donner ce qu’il réclame. Le parent peut accueillir la déception, empêcher les comportements inacceptables et maintenir sa décision.
Le désir de l’enfant peut être réel, sa déception aussi. Mais ni son désir ni l’intensité de sa réaction ne décident à la place du parent.
« Dans la vraie vie » : On peut comprendre que notre enfant soit débordé et avoir tout de même envie de dire :
« Voyons donc, tout ça pour un verre rouge! » Comprendre ce qui se passe ne nous oblige pas à trouver la réaction raisonnable. Cela nous aide seulement à répondre avec un peu plus de solidité et un peu moins de jugement.