« Si tu veux qu'ils te voient, faut que tu fasses comme eux... même quand tu sais que c'est une mauvaise idée. »
Finalement... faire partie du groupe, ça coûte parfois très cher.
Léo est assis au bout de la grande table où se rassemble le groupe le plus influent du secondaire 2. Ce midi, il a réussi à se tailler une place. Autour de lui, ça parle fort, ça se lance des frites, ça rigole. Léo sourit, mais il reste sur ses gardes. Pour garder sa place à cette table, il faut être rapide, avoir du répondant et surtout, ne jamais montrer de faiblesse.
Le compromis
Soudain, un des gars pointe du doigt un élève plus tranquille qui passe près de leur table et lance une moquerie bien sentie. Toute la table éclate de rire. Pour ne pas avoir l'air d'un « coincé » ou devenir la prochaine cible, Léo en rajoute une couche. Il lance une blague facile.
La récompense est immédiate : un high-five, des rires approbateurs, et le sentiment grisant d'être enfin accepté, d'être « dans la gang ».
Mais dix minutes plus tard, en marchant seul vers son cours de science, le sentiment de victoire s'évapore. Léo revoit le visage de l'élève moqué qui a baissé les yeux en hâtant le pas.
Une boule lourde se forme dans son estomac. Il a eu l'attention qu'il voulait, mais à quel prix ? Pour être accepté par les autres, il vient d'agir à l'opposé de ce qu'il est vraiment.
De retour à la maison, Léo dépose son sac avec un soupir lourd. Dans la cuisine, Émilie remarque tout de suite son air préoccupé et son regard fuyant.
« Ça va, Léo ? Tu as l'air tracassé... »
Léo hésite une seconde. Il aimerait pouvoir en parler, mais comment expliquer qu'il se sent coupable d'avoir voulu exister aux yeux des autres ? Il lâche un simple « Bof, fatigue », attrape un verre d'eau et se retire dans sa chambre, coincé entre sa conscience et la pression du groupe.