Faux. Le calme du parent est précieux, particulièrement lorsqu’un enfant est lui-même débordé. Un adulte qui parvient à ne pas entrer dans la tempête peut mieux protéger, réfléchir et prendre la situation en charge.
Mais aucun parent ne reste calme en toutes circonstances.
Nous pouvons être fatigués, inquiets, blessés, pressés ou tellement sollicités que notre propre frustration finit par déborder. Nous pouvons hausser le ton, répondre trop vite ou dire quelque chose que nous regrettons ensuite.
Cela ne fait pas automatiquement de nous un mauvais parent.
L’enjeu est plutôt de savoir ce que nous faisons de nos propres émotions. L’enfant ne devrait pas avoir à les prendre en charge, à nous rassurer ou à devenir responsable de notre équilibre. Mais il peut voir que son parent éprouve des émotions, qu’il peut parfois perdre patience, puis retrouver ses moyens, reconnaître un tort et réparer.
Dans l’approche de Neufeld, le parent n’a pas besoin d’être parfait pour être la personne sur laquelle l’enfant peut s’appuyer. La relation demeure le contexte essentiel dans lequel il peut se développer. Le Neufeld Institute présente d’ailleurs le rôle parental comme une relation de soin et de dépendance, et non comme la performance d’un adulte qui ferait toujours tout correctement.
Le but n’est donc pas de ne jamais perdre son calme. Il est de demeurer l’adulte responsable de ce qui se passe, y compris lorsque nous nous sommes nous-mêmes emportés.
Les groupes d’âge proposés ci-dessous servent de repères. Ce qui sécurise un jeune enfant et ce qu’un adolescent peut comprendre de la réaction de son parent ne sont pas tout à fait les mêmes.
2 à 5 ans — Il a particulièrement besoin que l’adulte reste plus solide que lui
Le jeune enfant est facilement emporté par ses propres émotions. Lorsqu’il hurle, frappe, refuse ou s’effondre parce qu’il n’obtient pas ce qu’il veut, il peut rapidement faire monter la frustration de son parent.
Dans l’idéal, l’adulte demeure suffisamment calme pour prendre la situation en charge :
« Je vois que tu es très fâché. Je ne te laisserai pas frapper. »
Mais il arrive aussi que le parent élève la voix :
« Ça suffit maintenant! »
Ce n’est pas cette seule réaction qui définit toute la relation.
En revanche, un jeune enfant peut être profondément impressionné par la colère d’un adulte. Des cris fréquents, des menaces, de l’humiliation ou une colère qui devient effrayante peuvent créer de la distance dans la relation. MacNamara souligne justement que lorsque les émotions du parent se déversent régulièrement sans filtre sur l’enfant, elles peuvent blesser le lien.
Si le parent a dépassé ce qu’il souhaitait faire, il peut revenir :
« Tout à l’heure, j’ai crié très fort. J’étais fâché, mais ce n’était pas à toi de recevoir toute ma colère comme ça. Je suis désolé. »
Il n’a pas besoin d’expliquer pendant dix minutes ni de demander à l’enfant de le rassurer.
Il reprend simplement la responsabilité de son côté de la relation.
« Mon enfant voit-il un parent qui peut parfois être fâché, ou un parent dont la colère devient quelque chose dont il doit avoir peur ou s’occuper? »
6 à 8 ans —Il peut commencer à voir comment un adulte gère ses propres erreurs
À cet âge, l’enfant comprend davantage que les adultes ont eux aussi des émotions.
Il peut même nous dire :
« T’es fâché! »
ou :
« Tu cries tout le temps! »
Notre premier réflexe peut être de nous défendre :
« Je ne crierais pas si tu écoutais! »
Mais cette réponse place une partie de la responsabilité de notre réaction sur l’enfant.
Nous pouvons plutôt dire :
« Oui, j’étais très fâché. Tu devais arrêter ce que tu faisais, mais c’était à moi de contrôler ma façon de te parler. »
Cette nuance est importante.
Le comportement de l’enfant peut réellement nous avoir mis à bout et notre réaction demeure la nôtre.
Réparer ne signifie pas retirer la limite :
« Je suis désolé d’avoir crié. Et tu ne peux toujours pas frapper ton frère. »
Les deux réalités peuvent tenir ensemble.
« Est-ce que je reconnais ma réaction sans rendre mon enfant responsable de celle-ci et sans abandonner la limite qui devait être tenue? »
9 à 12 ans — Être authentique ne veut pas dire déverser tout ce que nous ressentons
Avec un enfant plus âgé, le parent peut davantage nommer son propre état :
« Je suis vraiment frustré en ce moment et je préfère prendre quelques minutes avant de continuer. »
Cela peut être beaucoup plus constructif que d’essayer d’avoir l’air parfaitement calme alors que la colère monte.
L’enfant découvre alors qu’une émotion forte n’oblige pas nécessairement à agir immédiatement.
Mais il y a une différence entre montrer son humanité et faire de son enfant le dépositaire de ses émotions.
Dire :
« Cette situation me met très en colère. J’ai besoin de quelques minutes. »
n’est pas la même chose que :
« Tu vas finir par me rendre malade. Après tout ce que je fais pour toi, regarde dans quel état tu me mets! »
Dans la deuxième situation, l’enfant risque de devenir responsable du bien-être émotionnel de son parent.
Le parent peut être vrai sans renverser les rôles.
« Est-ce que je montre à mon enfant comment je prends soin de ma propre émotion, ou est-ce que je lui demande de prendre soin de moi? »
Adolescence — Rester calme ne signifie pas ne rien ressentir
Avec un adolescent, les échanges peuvent être particulièrement chargés. Il peut argumenter, viser une vulnérabilité, claquer une porte ou dire quelque chose qui blesse profondément.
Le parent est un être humain. Il peut avoir mal. Il peut être en colère.
Il n’a pas à jouer au parent parfaitement détaché :
« Ce que tu viens de dire m’a vraiment blessé. Je suis trop en colère pour poursuivre cette conversation correctement. Nous allons faire une pause. »
Cette réponse reste adulte parce que le parent ne demande pas à l’adolescent de réparer immédiatement son état émotionnel. Il prend lui-même la décision de s’arrêter avant que la situation se détériore.
Faire une pause peut être beaucoup plus responsable que continuer uniquement pour prouver que l’adulte « garde le contrôle ».
Plus tard, le parent peut reprendre :
« Je veux revenir sur ce qui s’est passé. Je n’aurais pas dû te parler de cette façon. Et les paroles que tu m’as dites doivent aussi être reprises. »
Il peut donc reconnaître sa propre part sans effacer celle de l’adolescent.
Deborah MacNamara insiste sur cette responsabilité parentale dans la réparation : lorsque nos réactions ont créé de la distance, il appartient à l’adulte de prendre les devants pour restaurer le lien plutôt que d’attendre que l’enfant le fasse.
« Est-ce que j’essaie réellement de rester en charge de moi-même, ou est-ce que j’essaie tellement d’être le parent parfaitement calme que je laisse ma colère s’accumuler jusqu’à exploser? »
Alors, vrai ou faux?
FAUX, un bon parent n’est pas un parent qui ne se fâche jamais.
Le calme aide. Il nous permet de réfléchir, de ne pas ajouter notre propre tempête à celle de l’enfant et de maintenir plus facilement la sécurité et le lien.
Mais l’objectif n’est pas la perfection émotionnelle.
Le parent peut :
se sentir en colère;
demander une pause;
poser une limite fermement;
reconnaître qu’il est blessé;
parfois réagir plus vivement qu’il ne l’aurait souhaité;
puis revenir, réparer et reprendre sa place.
Ce qui importe davantage est que l’enfant n’ait pas à vivre continuellement dans la peur des réactions de son parent ni à devenir responsable de son état émotionnel.
Et lorsqu’une rupture se produit, elle n’est pas nécessairement définitive. Deborah MacNamara rappelle que les relations sont capables de réparation et que le parent peut reprendre l’initiative lorsqu’il a contribué à créer de la distance.
Le calme aide. La perfection n’est pas requise. La réparation, elle, compte.
Dans la vraie vie…
Il arrive que nous sachions parfaitement ce que nous devrions faire.
Respirer.
Parler doucement.
Ne pas entrer dans la confrontation.
Et puis notre enfant recommence pour la quinzième fois, nous sommes épuisés et nous crions :
« J’EN AI ASSEZ! »
Nous n’avons pas besoin, quelques minutes plus tard, de conclure que nous avons tout gâché.
Nous pouvons reconnaître :
« Ce n’est pas comme ça que je voulais te parler. J’étais vraiment à bout et j’ai crié. Je suis désolé. Maintenant, on va reprendre ce qui s’est passé. »
La limite peut toujours être là.
Le problème peut toujours devoir être réglé.
Et la relation peut toujours être là elle aussi.
Être un parent suffisamment solide ne signifie pas ne jamais perdre pied. Cela signifie notamment pouvoir retrouver sa place après l’avoir momentanément perdue.