« C'est fou pareil : si t'as pas les bonnes marques, t'es un weirdo. Si tu les as, t'es juste un faux. »
Finalement... on est toujours jugé par quelqu'un.
7 h 15 – Devant le miroir
Ce matin, le lit de Léo est recouvert de chandails rejetés. Trois essayages, trois refus. Devant le miroir, ce n'est pas seulement son propre reflet qu'il regarde : ce sont les yeux de toute son école. Il ajuste la capuche de son hoodie, tire sur les manches, vérifie la marque. Est-ce que c'est « trop » ? Est-ce que c'est assez « comme les autres » ?
Le déclencheur d'hier
Dans sa tête, la scène de la veille repasse en boucle. Hier, près des casiers, un groupe a lancé une moquerie déplacée sur les chaussures d'un élève de sa classe. Deux secondes de rires, mais un malaise énorme. Léo n'a rien dit. Il a baissé les yeux et accéléré le pas. Mais depuis ce moment-là, une voix tourne en boucle dans sa tête : « Et si la prochaine cible, c'était moi ? »
Toute la journée « la garde haute »
À l'école, chaque traversée du corridor devient une épreuve. Léo se rend compte qu'il a seulement deux options : se fondre exactement dans le moule pour devenir invisible, ou assumer son style en marchant la peur au ventre. Choisir ses vêtements n'est plus une question de goût, c'est choisir son armure. Toute la journée, il surveille sa posture, ses gestes, ses mots. C'est épuisant de devoir constamment se protéger du regard des autres.
16 h 00 – Le retour à la maison
Quand la porte de la maison se referme enfin derrière lui, l'armure tombe d'un coup. Léo laisse glisser son sac à dos au sol, complètement vidé.
Dans l'entrée, Émilie le salue avec un sourire bienveillant :
« Allô Léo ! Ça a été ta journée ? »
Léo ne lève même pas les yeux. Il lâche un simple « Ouais » étouffé, attrape une pomme et s'enferme dans sa chambre. Ce n'est pas qu'il est fâché contre sa mère... c'est juste qu'il n'a plus une seule goutte d'énergie pour expliquer la guerre invisible qu'il vient de mener toute la journée.