VRAI OU FAUX ?
La réponse est plutôt fausse. Accueillir une émotion, c’est reconnaître ce que l’enfant ressent et lui permettre de traverser ce moment sans avoir à cacher sa colère, sa peur, sa jalousie ou sa déception. Cela ne signifie pas approuver ce qu’il fait sous le coup de cette émotion.
On peut comprendre qu’un enfant soit furieux sans lui permettre de frapper. On peut reconnaître sa déception sans changer notre décision. On peut entendre qu’il se sent traité injustement sans être d’accord avec son interprétation.
L’approche de Neufeld et de MacNamara ne demande pas au parent de choisir entre l’émotion et la limite. Il est possible de demeurer ferme tout en faisant sentir à l’enfant que nous l’aiderons à traverser ce que la limite provoque en lui.
L’émotion peut être accueillie. Le comportement, lui, peut devoir être arrêté, encadré ou réparé.
Les groupes d’âge proposés ci-dessous servent de repères. La capacité de l’enfant à comprendre ses émotions, à maîtriser ses réactions et à prendre la responsabilité de ses gestes évolue avec la maturation.
2 à 5 ans — Accueillir l’émotion tout en empêchant le geste
À cet âge, l’enfant est facilement emporté par ce qu’il ressent. Lorsqu’il est très frustré, il peut crier, lancer un objet, frapper ou se jeter au sol sans parvenir à tenir en même temps sa colère, la limite et l’effet de son geste sur les autres.
Accueillir son émotion ne consiste pas à attendre passivement que la crise passe pendant qu’il frappe ou détruit. Le parent peut intervenir immédiatement : retenir doucement ses mains, éloigner un objet, protéger un autre enfant ou déplacer le jeune enfant vers un endroit plus sécuritaire.
Il n’est pas nécessaire d’avoir d’abord compris toute la situation pour empêcher un geste dangereux.
« Tu es très fâché. Je ne te laisserai pas frapper. Je vais t’aider à arrêter tes mains. »
Le parent reconnaît la colère, mais il prend aussi la situation en charge. Il ne demande pas au jeune enfant de posséder une maîtrise qu’il n’a pas encore. MacNamara recommande précisément de protéger les personnes, de modifier les circonstances lorsque cela est nécessaire et de maintenir les limites sans faire honte à l’enfant pour l’émotion qui l’a traversé.
Une fois le geste arrêté, l’enfant peut avoir besoin de pleurer, de protester ou de demeurer près de son adulte pendant qu’il rencontre la déception.
« Qu’est-ce que je dois empêcher maintenant, et comment puis-je rester près de lui pendant qu’il traverse son émotion? »
6 à 8 ans — L’aider à distinguer ce qu’il ressent de ce qu’il fait
À cet âge, l’enfant commence à mieux comprendre les règles et les conséquences de ses gestes. Il demeure toutefois possible qu’une grande colère, une jalousie ou une déception prenne momentanément le dessus.
Le parent peut l’aider à faire une distinction essentielle :
« Tu avais le droit d’être très en colère. Tu n’avais pas le droit de pousser ton frère. »
Cette phrase ne minimise ni l’émotion ni le geste. Elle enseigne que ce qui se passe en lui peut être entendu, mais que toutes les façons de l’exprimer ne sont pas permises.
Accueillir ne signifie pas non plus donner automatiquement raison à l’enfant. Il peut dire :
« C’est injuste! Tu préfères toujours ma sœur! »
Le parent peut répondre :
« Je comprends que tu le ressentes comme une injustice. Je veux entendre ce qui t’a fait penser cela. Mais je ne suis pas d’accord pour dire que je préfère ta sœur. »
On reconnaît alors son vécu sans confirmer comme un fait tout ce qu’il affirme sous le coup de l’émotion.
Lorsque le calme revient, le parent peut revenir sur le comportement, aider l’enfant à comprendre son effet et chercher avec lui une autre façon d’agir. L’objectif n’est pas de lui faire honte, mais de l’accompagner progressivement vers davantage de maîtrise et de responsabilité.
« Est-ce que je peux reconnaître ce qu’il ressent sans approuver son geste ni confirmer tout ce qu’il affirme? »
9 à 12 ans — Comprendre n’efface pas l’impact du comportement
L’enfant plus âgé peut généralement mieux expliquer ce qu’il ressent et comprendre les conséquences de ses gestes. Il peut néanmoins insulter, mentir, humilier, briser quelque chose ou s’en prendre à quelqu’un lorsqu’il est très frustré.
À cet âge, comprendre ce qui a donné naissance au comportement ne signifie pas faire comme si personne n’avait été blessé.
Le parent peut dire :
« Je comprends que tu te sois senti rejeté par tes amis et que tu sois revenu très en colère. Mais ce que tu as dit à ta sœur lui a fait mal. Ta souffrance explique peut-être ta réaction; elle ne rend pas cette réaction acceptable. »
Il peut ensuite aider l’enfant à réparer ce qui peut l’être. La réparation n’a pas besoin de prendre la forme d’excuses forcées et récitées sans émotion. Elle peut consister à revenir vers la personne, remplacer ce qui a été brisé, reprendre une parole blessante ou chercher comment agir autrement la prochaine fois.
Le parent ne transforme pas la douleur de l’enfant en excuse. Il montre plutôt qu’une personne peut avoir souffert et demeurer responsable de l’effet de ses gestes.
« Est-ce que je cherche à comprendre la source du comportement tout en aidant mon enfant à reconnaître son impact? »
Adolescence — Écouter ne signifie ni approuver ni céder
Avec un adolescent, accueillir l’émotion signifie souvent lui permettre d’exprimer sa colère, son désaccord ou son sentiment d’injustice sans immédiatement chercher à le corriger ou à lui démontrer qu’il a tort.
Mais écouter ne veut pas dire accepter les insultes, les menaces, l’intimidation ou la violence.
Le parent peut dire :
« Je veux comprendre pourquoi tu es aussi en colère. Mais je ne continuerai pas cette conversation pendant que tu m’insultes. Nous allons faire une pause et nous reprendrons lorsque nous pourrons nous parler sans nous blesser. »
Le lien demeure ouvert, mais la manière de s’adresser au parent est encadrée.
Accueillir ne signifie pas non plus céder à la demande qui a déclenché l’émotion :
« Je comprends que cette sortie soit très importante pour toi et que mon refus te mette en colère. Tu peux être en désaccord avec ma décision. Ma réponse demeure non. »
L’adolescent peut vivre une émotion très réelle et tenter en même temps de faire pression sur son parent. Le parent n’a pas à choisir entre croire son émotion et reconnaître la pression. Il peut entendre la première tout en refusant la seconde.
Lorsque la situation est redevenue plus calme, l’adolescent peut être amené à reconnaître ses choix, l’effet de ses paroles et la confiance qu’il doit parfois reconstruire.
« Suis-je en train d’écouter ce qu’il vit, ou ai-je commencé à croire que l’écouter m’oblige à accepter sa manière d’agir ou à changer ma décision? »
Comprendre ce qui pousse le geste ne signifie pas accepter le geste.
Dans la vraie vie…
Lorsque notre enfant vient de nous frapper, de nous insulter ou de blesser quelqu’un, nous ne sommes pas toujours capables d’accueillir calmement son émotion dans la seconde qui suit. Nous pouvons être nous-mêmes en colère, secoués ou profondément blessés.
Accueillir l’émotion de l’enfant ne demande pas au parent de devenir insensible ni de trouver immédiatement les mots parfaits. Il peut d’abord assurer la sécurité, mettre fin à l’échange ou prendre quelques instants pour retrouver son calme.
Il peut ensuite revenir :
« Ce qui s’est passé m’a beaucoup affecté. Je veux comprendre ce qui t’a amené là, mais nous devons aussi nous occuper de ce que tu as fait. »
Parfois, il faut encadrer d’abord et comprendre ensuite. L’important est de ne pas utiliser le comportement pour condamner l’enfant, mais de ne pas utiliser son émotion pour effacer le comportement non plus.