La réponse est nuancée. Il n’est ni nécessaire ni souhaitable de réagir à chaque plainte, grimace, provocation ou tentative d’obtenir une réaction. Dans certaines situations, accorder beaucoup d’attention à un comportement mineur peut lui donner davantage de place et encourager l’enfant à le reprendre.
Mais ignorer un comportement ne devrait jamais signifier ignorer l’enfant, retirer notre affection ou faire comme si rien ne se passait. Un comportement peut aussi révéler une émotion trop forte, une difficulté, un besoin de proximité, de l’immaturité ou une résistance déclenchée par la manière dont l’adulte intervient.
Dans l'approche du développement de l'enfant, le but n’est pas seulement de faire disparaître le comportement. Il faut chercher ce qui lui donne naissance, préserver suffisamment le lien pour pouvoir conduire l’enfant et éviter que notre intervention provoque une lutte de pouvoir supplémentaire.
On peut donc parfois choisir de ne pas alimenter un comportement, tout en restant présent, en maintenant la limite et en s’occupant de ce qui se joue derrière.
Les groupes d’âge proposés ci-dessous servent de repères. La maturité, la sensibilité et la capacité de l’enfant à maîtriser ses réactions peuvent varier considérablement.
2 à 5 ans — Ne pas confondre provocation et débordement
À cet âge, le jeune enfant est encore facilement emporté par ses émotions et ses impulsions. Il peut geindre, répéter une demande, crier, faire un bruit irritant ou recommencer une petite bêtise en regardant son parent.
Il arrive qu’il cherche effectivement une réaction et qu’il recommence parce qu’il a remarqué que ce comportement mobilise immédiatement l’adulte. Lorsqu’il s’agit d’un comportement mineur et sécuritaire, le parent peut choisir de ne pas lui donner beaucoup d’ampleur : ne pas argumenter longuement, ne pas répéter la même explication dix fois et ne pas changer sa décision.
Mais le jeune enfant peut aussi être véritablement débordé. S’il est effrayé, désorganisé, épuisé ou incapable de retrouver son calme, il ne cherche pas simplement à provoquer. Il a besoin que l’adulte prenne la situation en charge.
Le parent peut rester près de lui sans céder :
« Je vois que tu es très fâché. Je ne vais pas changer ma réponse, mais je reste avec toi pendant que c’est difficile. »
L’ignorance planifiée est parfois proposée pour des comportements mineurs comme les pleurnicheries ou certaines crises lorsque personne n’est en danger. Elle ne convient pas aux comportements dangereux, destructeurs ou aux situations dans lesquelles l’enfant a réellement besoin d’aide.
La question utile à se poser :
« Est-ce qu’il cherche surtout ma réaction ou est-ce qu’il n’arrive plus à traverser ce qu’il ressent? »
6 à 8 ans — Ne pas alimenter le comportement, mais ne pas oublier d’enseigner
À cet âge, l’enfant peut comprendre que certaines attitudes font réagir son parent. Il peut geindre, faire le clown, provoquer son frère, répéter une demande ou ralentir volontairement dans l’espoir que l’adulte finisse par s’occuper entièrement de lui ou abandonne ce qui était demandé.
Le parent n’a pas à répondre à chaque soupir ni à participer à une longue discussion autour de chaque protestation. Il peut garder sa réponse courte et maintenir la direction :
« Je ne vais pas discuter de tes grognements. La consigne reste de ranger tes chaussures. Je peux t’aider à commencer. »
Ici, le parent ne nourrit pas tout le bruit autour du comportement, mais il n’abandonne ni l’enfant ni sa responsabilité.
Si le comportement revient souvent, il faut toutefois chercher plus loin. La tâche est-elle trop difficile? L’enfant est-il inquiet, fatigué, jaloux ou déjà frustré? Sait-il clairement ce qu’il doit faire à la place? Dans la perspective du développement de l'enfant, établir le contact avant de diriger l’enfant peut réduire la résistance et rendre l’intervention plus efficace.
La question utile à se poser :
« Ma réaction donne-t-elle plus de force à ce comportement, et de quoi mon enfant a-t-il besoin pour réussir autrement? »
9 à 12 ans — Choisir ses batailles sans faire comme si rien ne s’était passé
L’enfant plus âgé peut volontairement chercher le dernier mot, lever les yeux au ciel, marmonner, dramatiser ou faire une remarque destinée à provoquer une réaction.
Il n’est pas toujours nécessaire de corriger chaque expression du visage ou chaque commentaire. Réagir à tout peut transformer la moindre contrariété en lutte de pouvoir. Le parent peut choisir de ne pas répondre immédiatement à une provocation :
« Je vois que tu n’es pas d’accord. Je ne vais pas entrer dans cette confrontation. Nous pourrons en reparler lorsque nous serons plus calmes. »
Mais ne pas réagir dans l’instant ne signifie pas ne jamais revenir sur ce qui s’est passé. Une insulte, une humiliation, une intimidation ou un geste qui blesse quelqu’un mérite d’être repris lorsque l’enfant est de nouveau capable d’entendre, de réfléchir et éventuellement de réparer.
Attendre un meilleur moment peut être une intervention. Tout laisser passer n’en est pas une.
La question utile à se poser :
« Est-ce que cette réaction exige une intervention immédiate, ou puis-je protéger le lien et revenir sur le comportement plus tard? »
Adolescence — Ne pas répondre à la provocation ne signifie pas ignorer le problème
Avec un adolescent, il est souvent inutile de répondre à chaque remarque provocatrice, soupir ou argument répété. Lorsque la discussion devient une lutte, le parent peut mettre fin à l’échange sans retirer son lien :
« Je veux entendre ce que tu as à dire, mais je ne continuerai pas pendant que nous nous blessons. Nous reprendrons cette conversation. »
Le parent choisit de ne pas entrer dans l’escalade, mais il ne fait pas disparaître le problème. Il demeure responsable de la décision, de la sécurité et du retour à la discussion.
Faire une pause peut permettre à chacun de retrouver son calme. Lorsqu’un adolescent se sent poussé, contrôlé ou coincé, il risque de résister encore davantage. Les menaces, les rapports de force et les longues confrontations peuvent alors aggraver la situation. Le parent aura généralement plus d’influence s’il protège le lien tout en maintenant clairement sa position.
La question utile à se poser
« Est-ce que je choisis de ne pas répondre à une provocation inutile, ou est-ce que j’évite un problème dont je dois réellement m’occuper? »
Certains comportements ne doivent jamais être considérés comme une simple provocation ou une recherche d’attention: violence, consommation, intimidation, fugue, automutilation, paroles suicidaires ou changement important dans le comportement habituel. Lorsqu’un comportement est grave, persistant ou dangereux, le parent doit intervenir et peut avoir besoin de demander l’aide d’un professionnel.
La réponse est nuancée.
Il peut parfois être utile de ne pas réagir à un comportement mineur, surtout lorsque notre réaction semble lui donner encore plus de place. Nous n’avons pas besoin de commenter chaque grimace, chaque soupir, chaque plainte ou chaque tentative de provocation.
Mais ne pas alimenter un comportement n’est pas la même chose qu’ignorer l’enfant.
Un comportement peut aussi nous montrer que l’enfant est débordé, frustré, inquiet, en manque de proximité ou tout simplement incapable, dans ce moment-là, de faire mieux avec les ressources dont il dispose.
Le parent peut donc choisir de ne pas entrer dans la confrontation tout en restant présent, en maintenant la limite et en revenant sur ce qui doit l’être.
Et certains comportements ne doivent jamais être simplement ignorés : lorsqu’il y a violence, danger, intimidation, consommation, automutilation, paroles suicidaires ou changement important dans le fonctionnement de l’enfant ou de l’adolescent, le parent doit intervenir.
La vraie question n’est donc pas seulement :
« Dois-je ignorer ce comportement? »
mais plutôt :
« Est-ce que ma réaction risque d’alimenter ce qui se passe, ou est-ce que mon enfant a besoin que j’intervienne, que je l’aide ou que je prenne la situation en charge? »
On peut parfois choisir de ne pas alimenter un comportement. On ne devrait jamais se détourner de l’enfant ni de ce que son comportement nous montre.
Il y a des jours où notre enfant fait exactement ce petit bruit que nous ne supportons plus, répète la même demande pour la quinzième fois ou ajoute la remarque qui nous fait sortir de nos gonds.
Et nous réagissons.
Nous expliquons encore. Nous argumentons. Nous menaçons. Nous finissons parfois par nous retrouver dans une bataille qui a pris beaucoup plus de place que le comportement de départ.
À d’autres moments, nous sommes tellement épuisés que nous n’avons plus envie de répondre du tout.
Aucune de ces réactions ne fait de nous de mauvais parents.
Nous pouvons simplement apprendre à nous demander :
« Est-ce que cette situation a vraiment besoin de toute mon énergie maintenant? »
Parfois, la réponse sera non.
Nous pouvons laisser passer un soupir, ne pas répondre à une provocation ou attendre un meilleur moment pour parler.
À d’autres moments, notre enfant aura besoin que nous nous rapprochions, que nous arrêtions ce qui se passe ou que nous cherchions ce qui se cache derrière son comportement.
Et parfois, nous nous tromperons.
Nous aurons ignoré quelque chose que nous aurions dû regarder de plus près, ou nous aurons transformé une petite provocation en énorme confrontation.
Nous pourrons toujours revenir :
« Je crois que j’ai réagi trop vite tout à l’heure. On peut reprendre? »
Le but n’est pas de savoir parfaitement quand intervenir et quand laisser passer.
Le but est de rester suffisamment attentif pour ne pas confondre un comportement qu’on peut laisser mourir de lui-même avec un enfant qui essaie de nous montrer qu’il a besoin de nous.