VRAI OU FAUX ?
La réponse est plutôt fausse… mais cela ne signifie pas qu’on laisse tomber la réparation.
Lorsqu’un enfant a blessé quelqu’un, il est naturel de vouloir entendre : « Je suis désolé. » Nous voulons lui apprendre à reconnaître ses gestes, à tenir compte des autres et à réparer lorsqu’il a fait du tort.
Mais obliger un enfant à prononcer des excuses ne signifie pas qu’il les ressent. Il peut dire les mots pour éviter une conséquence, satisfaire son parent ou mettre fin à la situation, tout en étant encore rempli de colère ou convaincu qu’il n’a rien fait de mal. MacNamara souligne justement qu’une excuse forcée peut produire une apparence de sollicitude sans que le sentiment soit réellement présent.
Cela ne veut pas dire que l’adulte ne fait rien. Le geste doit être arrêté, la personne blessée doit être prise en considération et l’enfant doit progressivement apprendre qu’après avoir fait du tort, quelque chose doit être réparé.
Le but n’est donc pas simplement d’obtenir les mots « je suis désolé », mais d’aider l’enfant à développer suffisamment de sollicitude pour qu’un jour ces mots aient réellement un sens.
Les groupes d’âge proposés ci-dessous servent de repères. La capacité à ressentir du remords, à considérer le point de vue de l’autre et à prendre la responsabilité de ses gestes évolue avec la maturation.
2 à 5 ans — Il ne peut pas toujours ressentir sa colère et ses regrets en même temps
Un jeune enfant peut frapper son frère parce qu’il lui a pris un jouet et, quelques secondes plus tard, refuser catégoriquement de s’excuser.
Il peut encore être tellement rempli de sa propre frustration qu’il n’a momentanément presque aucune place intérieure pour ressentir ce que l’autre vient de vivre. Dans la lecture de MacNamara et de Neufeld, le jeune enfant est particulièrement susceptible d’être dominé par une seule émotion à la fois. Tant que la colère prend toute la place, ses sentiments de sollicitude peuvent être temporairement hors de portée.
L’adulte n’a cependant pas à attendre passivement.
Il peut d’abord s’occuper de l’enfant blessé et prendre en charge la situation :
« Ton frère a eu mal. Je vais m’occuper de lui. Je ne te laisserai pas le frapper. »
Puis, lorsque la frustration est redescendue, il peut revenir doucement vers l’enfant :
« Tout à l’heure, tu étais très fâché et tu l’as frappé. Regarde, il a eu mal. Est-ce que tu as un petit “désolé” qui commence à arriver? »
S’il n’est pas encore là, le parent peut patienter sans faire comme si rien ne s’était passé.
« D’accord. Je crois qu’il viendra. Quand tu seras prêt, nous irons voir ton frère. »
Le parent garde ainsi la responsabilité de la réparation, sans exiger une émotion que l’enfant ne ressent pas encore.
« Est-ce que je veux simplement entendre le mot “désolé”, ou est-ce que j’essaie de l’aider à ressentir ce qui donnera un sens à ces mots? »
6 à 8 ans — Il peut comprendre qu’il doit réparer, même si le regret n’arrive pas immédiatement
À cet âge, l’enfant comprend davantage l’effet de ses gestes. Il peut toutefois demeurer très attaché à sa propre version de l’histoire :
« Mais c’est lui qui a commencé! »
Il peut penser que reconnaître avoir blessé quelqu’un signifie renoncer à son propre sentiment d’injustice.
Le parent peut alors accueillir les deux réalités :
« Je comprends que tu sois encore fâché parce qu’il a pris ton jeu. Et tu l’as poussé. Les deux choses peuvent être vraies. »
On ne lui demande pas de prétendre qu’il n’était pas en colère. On l’aide plutôt à découvrir que sa colère et le tort causé à l’autre peuvent exister en même temps.
S’il n’est pas encore prêt à dire « je suis désolé », le parent peut l’amener vers une première forme de réparation :
« Qu’est-ce qu’on pourrait faire maintenant pour l’aider? »
Ramasser ce qui a été lancé, chercher une glace pour une bosse, reconstruire quelque chose qui a été brisé ou revenir parler à l’autre peuvent parfois ouvrir la porte aux sentiments de regret.
L’excuse devient alors la conséquence d’une prise de conscience plutôt qu’une phrase récitée sur commande.
« Est-ce que mon enfant commence à voir ce que son geste a provoqué, même s’il n’est pas encore capable de dire qu’il est désolé? »
9 à 12 ans — Les excuses peuvent devenir une véritable responsabilité
À cet âge, l’enfant est généralement davantage capable de comprendre que son comportement a blessé quelqu’un, même lorsqu’il avait lui-même de bonnes raisons d’être contrarié.
Le parent peut donc attendre davantage de responsabilité.
Mais là encore, obliger l’enfant à réciter :
« Je suis désolé, je ne recommencerai plus »
ne garantit pas qu’il réfléchisse réellement à ce qui s’est passé.
On peut plutôt lui demander :
« Qu’est-ce qui s’est passé selon toi? »
« Qu’est-ce que tes paroles ont provoqué chez elle? »
« Qu’est-ce que tu pourrais faire pour réparer? »
S’il éprouve du regret, une vraie excuse peut alors prendre forme :
« Je suis désolé de t’avoir dit ça. J’étais en colère, mais ce n’était pas correct de te parler comme ça. »
Les enfants eux-mêmes accordent de l’importance aux excuses et à leur signification, et leur compréhension de ce qu’une excuse représente devient plus élaborée avec le développement.
S’il refuse toujours de reconnaître son geste, le parent n’a pas à conclure : « Eh bien, il n’est pas prêt, donc nous ne faisons rien. »
Il peut maintenir certaines limites, demander une réparation concrète et revenir sur la situation plus tard.
« Est-ce que je lui demande d’avoir l’air désolé, ou est-ce que je l’amène réellement vers la responsabilité? »
Adolescence — On peut attendre une réparation sans exiger une performance
Avec un adolescent, les choses changent encore. Il est beaucoup plus capable de comprendre l’effet de ses paroles et de ses gestes et peut être tenu responsable de ce qu’il fait.
Il peut aussi parfaitement savoir qu’une excuse est attendue et refuser de la donner parce qu’il est encore fâché, orgueilleux ou convaincu d’avoir raison.
Le parent peut alors être très clair :
« Je ne vais pas t’obliger à prononcer une excuse que tu ne penses pas. Mais ce qui s’est passé ne peut pas rester comme ça. Tu as blessé quelqu’un et il faudra que tu trouves une façon de réparer. »
Cela évite deux extrêmes :
forcer un « désolé » vide de sens;
laisser croire que l’absence de remords immédiat dispense de toute responsabilité.
L’adolescent peut avoir besoin de temps pour retrouver ses sentiments plus vulnérables. Mais il doit également apprendre que nos gestes ont des conséquences dans les relations et que lorsqu’on abîme quelque chose — une confiance, un sentiment de sécurité, une relation — il nous appartient d’essayer de le réparer.
Une excuse sincère peut en faire partie. Elle n’est cependant pas la seule forme possible de réparation.
« Est-ce que je lui laisse le temps de retrouver ce qu’il ressent sans lui permettre d’échapper à la responsabilité de ce qu’il a fait? »
Faux, si « obliger à s’excuser » signifie forcer l’enfant à prononcer des mots qu’il ne ressent pas afin qu’il ait l’air poli, responsable ou repentant.
Nous pouvons obtenir les mots sous la pression. Nous ne pouvons pas commander le remords. C’est l’une des idées centrales défendues par MacNamara : l’objectif est de conduire l’enfant vers ses sentiments de sollicitude plutôt que d’exiger une performance qui les imite.
Mais cela ne veut pas dire que l’enfant qui n’est pas désolé n’a rien à faire.
Le parent peut :
arrêter le comportement;
prendre soin de la personne blessée;
nommer ce qui s’est passé;
aider l’enfant à voir l’impact de son geste;
attendre un moment où il est davantage capable de ressentir;
demander qu’une réparation soit faite;
revenir sur la situation si nécessaire.
L’excuse peut alors venir à l’intérieur d’un processus de réparation, plutôt que constituer à elle seule la réparation.
Dans la vraie vie…
Quand notre enfant vient de pousser un autre enfant au parc et que tous les adultes nous regardent, attendre patiemment que ses sentiments de sollicitude reviennent peut être particulièrement inconfortable.
Nous avons parfois envie de dire : « Va t’excuser tout de suite! »
Et, soyons réalistes, il nous arrivera probablement de le faire. Cela ne gâchera pas son développement.
Mais nous pouvons aussi prendre nous-mêmes la responsabilité sociale de la situation :
« Je suis désolée qu’il t’ait poussé. Est-ce que tu vas bien? Je vais m’occuper de ce qui vient de se passer. »
Notre enfant voit alors quelque chose d’important : quand quelqu’un est blessé, on ne l’ignore pas.
Plus tard, lorsque sa colère est retombée, nous pouvons revenir vers lui et l’aider à trouver sa propre réparation.
Ainsi, nous ne demandons pas à un enfant immature de produire immédiatement des sentiments qu’il n’a pas encore retrouvés. Mais nous ne laissons pas non plus la personne blessée attendre indéfiniment sous prétexte que notre enfant « n’est pas prêt ».
C’est au parent de prendre les choses en charge pendant que l’enfant apprend peu à peu à le faire lui-même.
Un “désolé” n’a de valeur que s’il commence à vouloir dire quelque chose.