MYTHE OU RÉALITÉ ?
La réponse est nuancée. Un enfant peut connaître une règle et choisir malgré tout de faire ce qui est interdit. Le geste n’est donc pas toujours accidentel.
Mais connaître une règle, vouloir la respecter et être capable de se retenir dans le feu de l’action sont trois choses différentes. Lorsqu’un désir, une impulsion, la colère, la peur ou l’excitation prennent toute la place, l’enfant peut perdre momentanément l’accès à ce qu’il sait pourtant très bien.
Le geste peut être volontaire sans être mûrement réfléchi. La capacité de l’enfant à tenir compte en même temps de son envie, de la règle, des conséquences et de l’effet sur les autres se développe progressivement. Les jeunes enfants, en particulier, peuvent savoir beaucoup mieux qu’ils ne sont encore capables de se comporter.
Les groupes d’âge proposés ci-dessous servent de repères. La maturité et la capacité de se contrôler peuvent varier considérablement d’un enfant à l’autre.
2 à 5 ans — Il connaît parfois la règle, mais son impulsion prend le dessus
À cet âge, l’enfant peut très bien savoir qu’il ne doit pas frapper, lancer sa nourriture ou toucher un objet interdit. Il peut même promettre de ne plus recommencer, puis refaire exactement la même chose quelques minutes plus tard.
Il peut aussi poser volontairement un geste en regardant son parent, pour voir ce qui arrivera ou parce qu’il veut fortement quelque chose. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il a décidé de défier l’adulte. Son attention est facilement captée par son envie, sa frustration ou son excitation, et sa capacité de se retenir demeure encore fragile. Deborah MacNamara résume cette réalité en expliquant que les jeunes enfants peuvent connaître la bonne conduite bien avant d’être capables de la maintenir dans le feu de l’action.
Répéter la règle ne suffit donc pas toujours. L’adulte doit souvent compenser l’immaturité : se rapprocher, empêcher le geste, déplacer l’objet ou donner une consigne simple sur ce que l’enfant peut faire.
Le parent peut dire :
« Tu sais que je ne te laisserai pas frapper. Je vais t’aider à arrêter tes mains. »
« Savait-il que c’était interdit, ou était-il réellement capable de se retenir à ce moment-là? »
6 à 8 ans — Il commence à mieux se contrôler, mais pas dans toutes les situations
À cet âge, l’enfant comprend généralement mieux les règles et devient plus capable de réfléchir avant d’agir. Il peut toutefois encore perdre ses bonnes intentions lorsqu’il est très fâché, jaloux, excité ou déçu.
Il peut aussi décider consciemment de contourner une règle : prendre quelque chose en cachette, continuer après un avertissement ou attendre que le parent ait le dos tourné. Il serait alors irréaliste de prétendre qu’il ne savait absolument pas ce qu’il faisait.
Mais même lorsque le geste est volontaire, l’enfant ne tient pas nécessairement compte de tout. Son désir immédiat peut prendre plus de place que les conséquences, le respect de la règle ou l’effet sur les autres. Dans la perspective de Neufeld, le problème n’est donc pas toujours un manque de connaissances : l’immaturité et les émotions peuvent empêcher l’enfant d’agir conformément à ce qu’il sait.
Le parent peut dire :
« Tu connaissais la règle et tu as quand même choisi de prendre l’objet. Nous allons nous occuper de ce qui s’est passé. Mais je veux aussi comprendre ce qui a rendu ce choix si difficile pour toi. »
« A-t-il oublié la règle, perdu le contrôle ou décidé de la contourner? Que dois-je faire pour éviter que la situation se répète? »
9 à 12 ans — Il peut enfreindre une règle plus consciemment
L’enfant plus âgé est davantage capable de prévoir les conséquences, de cacher ce qu’il fait et de choisir un moment où il risque moins d’être découvert. Il peut donc enfreindre une règle intentionnellement pour obtenir quelque chose, éviter une conséquence, suivre ses amis ou reprendre un peu de contrôle.
À cet âge, reconnaître son intention devient important. Comprendre son émotion ne signifie pas prétendre qu’il n’a fait aucun choix.
Mais sa capacité de jugement et de maîtrise demeure en développement. Il peut savoir que le geste est interdit sans mesurer pleinement le risque, la blessure causée ou l’enchaînement de conséquences qui suivra. Il peut également être emporté par une émotion forte et perdre momentanément les sentiments plus modérateurs qui auraient pu le retenir.
Le parent peut donc demander une réparation, renforcer l’encadrement ou limiter certaines occasions, sans réduire l’enfant à son geste.
Le parent peut dire :
« Tu savais que tu ne devais pas le faire et tu as choisi de le faire quand même. Nous allons réparer ce qui peut l’être et trouver comment éviter que tu te retrouves encore dans cette situation. »
« Quelle part relève d’un choix conscient, et quelle part montre qu’il a encore besoin d’encadrement pour réussir à faire ce qu’il sait? »
Adolescence — Il peut savoir, choisir et sous-estimer les conséquences
Un adolescent peut tout à fait enfreindre volontairement une règle. Il peut cacher une information, mentir sur l’endroit où il se trouve, utiliser quelque chose qui lui est interdit ou agir en sachant que son parent désapprouvera.
Il ne serait pas juste de toujours attribuer ses gestes à une simple incompréhension. Plus il grandit, plus il peut être amené à reconnaître ses choix, leurs effets et ce qu’il doit réparer.
Mais connaître une règle ne signifie pas encore posséder en tout temps un jugement adulte. Le désir d’autonomie, l’impulsion du moment, la colère, la pression des amis ou l’envie de ne pas être exclu peuvent prendre le dessus. L’adolescent peut avoir pris une décision volontaire sans avoir considéré toute la situation avec maturité.
Le parent peut donc tenir ensemble deux réalités :
« Tu savais que c’était interdit et tu as fait un choix. »
et :
« Tu as encore besoin que je protège certaines limites pendant que ton jugement continue de se construire. »
Le parent peut dire :
« Je ne vais pas faire comme si tu ne savais pas ce que tu faisais. Mais je ne vais pas non plus te résumer à cette décision. Nous devons maintenant nous occuper de la sécurité, des conséquences réelles et de la confiance à reconstruire. »
« Suis-je devant une décision à responsabiliser, une impulsion que mon adolescent ne parvient pas encore à maîtriser, ou un mélange des deux? »
Vrai, si l’on veut dire que l’enfant connaissait la règle et que son geste n’était pas accidentel. Un enfant peut volontairement essayer, contourner, cacher ou recommencer quelque chose d’interdit.
Faux, si l’on conclut automatiquement qu’il possédait toute la maturité nécessaire pour se retenir et qu’il a choisi froidement de défier ou de blesser son parent.
Savoir ce qui est permis ne donne pas instantanément la capacité de maîtriser une impulsion, de résister à un désir ou de tenir compte de plusieurs réalités en même temps. Cette capacité se construit avec la maturation.
Cela ne signifie pas que le parent doit laisser passer le comportement. Il peut empêcher le geste, renforcer l’encadrement, demander une réparation et revenir sur le choix posé, tout en cherchant ce qui a empêché l’enfant d’agir selon ce qu’il savait.
Un geste peut être volontaire sans être mûrement réfléchi.
Dans la vraie vie… Il est particulièrement frustrant de voir notre enfant refaire exactement ce que nous lui avons interdit quelques minutes plus tôt. Nous pouvons avoir l’impression qu’il se moque de nous ou que toutes nos explications ne servent à rien.
Il arrive réellement qu’il teste la règle ou choisisse de la contourner. Mais il arrive aussi qu’il connaisse parfaitement la règle sans avoir encore accès, dans le moment, à la maturité nécessaire pour s’arrêter.
Nous n’avons pas toujours besoin de réexpliquer davantage. Nous pouvons parfois simplement empêcher, encadrer, réduire les occasions de recommencer et revenir sur la situation lorsque l’enfant est de nouveau capable de réfléchir. Comprendre son immaturité ne nous oblige pas à nier son choix; reconnaître son choix ne nous oblige pas à lui prêter une intention mauvaise.